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PRENDRE SOIN DES TOUT-PETITS  : UNE CRÈCHE BIOCLIMATIQUE À WISSOUS

ARCHINEWS

À quelques jours de sa livraison, en pleine période de canicule, le CAUE de l’Essonne a visité la nouvelle crèche de Wissous, “Les petits Loups”. Conçue par la SCOP d’architecture fair, cette crèche municipale bioclimatique de 39 berceaux offre des volumes originaux, guidés par la recherche du confort des tout-petits et des adultes. Parmi les dispositifs mis en œuvre, la ventilation naturelle occupe une place centrale, avec un système qui permet de renouveler et de rafraîchir l’air tout en limitant les besoins énergétiques. Les trois cheminées bleues qui émergent de sa toiture en rendent la fonction immédiatement lisible.

Wissous - Crèche Les Petits Loups - MOA ville de Wissous - MOE SCOP fair - Vue
depuis le jardin de la crèche
Wissous - Crèche Les Petits Loups - MOA ville de Wissous - MOE SCOP fair - Vue depuis le jardin de la crèche © Baptiste Francois

Un programme et quelques péripéties

La nouvelle crèche de Wissous est située en centre-bourg ancien, en lisière du parc Arthur Clark, à proximité immédiate de la médiathèque municipale. Pour mettre en œuvre ce projet, la ville s’est fait accompagner par un assistant à maitrise d’ouvrage, la SPL Nord Essonne, qui a porté dès le départ une forte ambition environnementale, ainsi que par un programmiste, CPO - Les M² Heureux. Comme souvent, le programme a vécu quelques péripéties. La principale est intervenue suite à la réception de l’avis de l’architecte des Bâtiments de France, qui a demandé de reconstituer “à l’identique”, dans le nouveau projet, un bâtiment voué à démolition en raison de son très mauvais état : l’ancien pavillon du gardien, datant du XVIIᵉ siècle, vestige du Domaine des Étangs, l’un des plus vieux domaines de Wissous, aujourd’hui devenu le parc public Arthur Clark.

 

Si le principe même d’une reconstruction peut interroger, force est de constater que les architectes de la SCOP fair ont su tirer intelligemment parti de cette contrainte. Le projet compose une transition intéressante entre le tissu ancien de la rue et le parc : au pavillon reconstruit, qui s’inscrit dans la continuité du bâti existant, répond une extension contemporaine, dont le vocabulaire plus ouvert et l’emploi du bois font écho au paysage du parc. D’un point de vue spatial, le pavillon constitue l’entrée de la crèche et regroupe les locaux du personnel ainsi que les espaces techniques. Il s’ouvre sur un parvis qui organise l’arrivée des familles, tandis que l’extension accueille les trois unités de vie des enfants - petits, moyens et grands - et s’ouvre largement sur le jardin, dans un rapport plus direct au paysage.

 

Un bâtiment bioclimatique

Les architectes ont mené une réflexion large sur la manière de concevoir un lieu d’accueil pour les tout-petits, attentif à leur santé et à leur bien-être. L’intégralité du projet a ainsi été conçue selon les principes du bioclimatisme. Cette approche consiste à comprendre les caractéristiques naturelles du site - son ensoleillement, ses vents dominants, sa végétation, la nature de ses sols - afin d’en tirer parti pour favoriser le confort des usagers tout en limitant le recours aux équipements techniques. L’étude des diagrammes solaires a ainsi guidé l’implantation de l’extension, l’orientation et l’usage des pièces. Les trois unités de vie des enfants sont ainsi orientées au sud afin de profiter des apports solaires en hiver. Des brise-soleil et des voiles d’ombrages protègent en revanche ces espaces du rayonnement solaire estival. L’implantation tient également compte des vents dominants, notamment des vents hivernaux provenant de l’ouest et du sud-ouest, dont le bâtiment est protégé par un beau mur de pierres de réemploi issu de la déconstruction de l’ancien pavillon.

 

L’organisation du bâtiment et la disposition des ouvertures favorisent la circulation naturelle de l’air et permettent notamment de rafraîchir les espaces sans recourir à la climatisation (nous y reviendrons). Le bioclimatisme repose sur une certaine simplicité des dispositifs et sur la possibilité laissée aux usagers d’agir directement sur leur environnement. Les usagers de la crèche gardent ainsi le contrôle du bâtiment, de la lumière à l’ouverture des fenêtres, et plus largement de la relation des enfants à leur milieu.

 

Des matériaux bio et geosourcé

Le choix des matériaux participe pleinement à cette démarche. Les architectes ont privilégié des matériaux biosourcés et géosourcés, tout en travaillant sur l’isolation et l’inertie du bâtiment afin de limiter les déperditions et de réguler naturellement la température et l’humidité intérieure. L’extension contemporaine est ainsi réalisée en mur ossature bois, avec 32 cm d’isolant en laine de chanvre, lin et coton (BioFib’Trio®). Le pavillon reconstruit réserve quant à lui une surprise : derrière son apparence traditionnelle se cache des choix constructifs audacieux, associant une ossature bois à des blocs de béton de chanvre de 50 cm. La façade, avec une finition extérieure à la chaux, reprend les éléments de modénature de l’ancien pavillon, reproduits par moulage afin d’en restituer les détails.

 

La qualité de l’air, une préoccupation centrale

Le choix des matériaux répond à un autre enjeu majeur pour une crèche : la qualité de l’air intérieur. Souvent plus pollué qu’on ne l’imagine, l’air des bâtiments peut notamment contenir des composés organiques volatils (COV), du benzène, des éthers de glycol ou encore du formaldéhyde, issus en partie des matériaux de construction, des revêtements et de l’ameublement. Particulièrement attentifs à cette question, la SCOP fair a donc privilégié des revêtements intérieurs — murs, sols et plafonds — et des isolants faiblement émissifs (éco-labellisés ou étiquette qualité de l’air A+ minimum).

 

Le renouvellement d’air a été soigné : le débit de ventilation de la crèche Les Petits Loups est calibré pour atteindre au minimum 30 m³/h par enfant, et jusqu’à 45 m³/h en dehors des périodes de chauffe. À titre de comparaison, le débit réglementaire dans les crèches en France est de 15 m³/h par enfant. La ventilation naturelle apparaît ainsi comme l’un des fils conducteurs du projet : elle participe à la fois à la qualité de l’air intérieur et au confort thermique des enfants et des adultes. Pour les curieux, voici, en quelques mots, comment cela fonctionne.

 

En hiver, le bâtiment fonctionne selon le principe de la ventilation naturelle par tirage thermique, ou effet cheminée. L’air chaud extrait des espaces monte naturellement dans les trois cheminées bleues qui émergent en toiture. Avant d’être évacué, il passe par un échangeur à plaques de 1×1 m, qui récupère une partie de sa chaleur pour préchauffer l’air neuf entrant. Avec un rendement d’environ 60 %, lorsque l’air extérieur est à 0 °C et l’air intérieur à 20 °C, l’air neuf peut ainsi être préchauffé jusqu’à environ 12 °C. Le débit d’air est régulé au niveau des cheminées et des entrées d’air, notamment grâce à des registres et à des sondes de CO₂, afin d’assurer un renouvellement d’air adapté aux besoins des occupants. Les cheminées doivent par ailleurs être suffisamment hautes pour générer un tirage naturel efficace. Cette stratégie permet de limiter les besoins de chauffage, estimés à moins de 20 kWh/m²/an par la simulation thermique dynamique. Le chauffage est assuré principalement par un plancher chauffant alimenté par une sonde géothermique, avec une petite chaudière qui prend le relais lorsque les températures extérieures deviennent très basses. Le plancher pourra également être utilisé pour rafraîchir le bâtiment en cas de fortes chaleurs.

 

En été, le principe est différent : il s’agit avant tout de favoriser la circulation naturelle de l’air et son évacuation. Des fenêtres hautes et des impostes, au-dessus des portes des pièces, peuvent être ouvertes pour faciliter la circulation de l’air d’un espace à l’autre et permettre le rafraîchissement naturel. L’ensemble du bâtiment fonctionne ainsi en ventilation naturelle (c’est peu courant dans les équipements publics récents) à l’exception des locaux soumis à des exigences réglementaires spécifiques (cuisine, sanitaires). Pour favoriser ces flux naturels, le projet joue avec les doubles hauteurs et une volumétrie généreuse. En contre-partie, une étroite collaboration avec l’acousticien a été nécessaire afin de maîtriser la réverbération et d’éviter l’effet de “caisse de résonance” que peuvent produire de tels espaces dans un lieu accueillant de jeunes enfants.

 

Explorer le vivant

Le confort des tout-petits ne se joue pas uniquement à l’intérieur. Entre la rue et le parc, le projet organise une succession d’espaces extérieurs accompagnant progressivement le passage du minéral au végétal : parvis d’entrée accueillant derrière un mur d’enceinte protégeant du bruit de la rue, jardins de jeux prolongeant les unités de vie, puis jardin d’exploration du potager au sous-bois.

 

Chaque unité de vie s’ouvre ainsi sur un espace récréatif dédié à sa tranche d’âge et délimité par des petites barrières : il y a des jeux en bois, de l’herbe et, ponctuellement, des sols souples perméables. Ils se prolongent ensuite sur le jardin d’exploration, où l’on retrouve différentes strates végétales endogènes dans des massifs et des haies buissonnantes, ménagés par la paysagiste Emmanuelle Bouffé. Dans la petite clairière, les enfants pourront écouter des histoires au frais l’été, assis en rond dans l’amphithéâtre en pierre de réemploi. Ici, pas de succession d’équipements ou d’aménagements, c’est sobre et un peu rustique. Les enfants peuvent observer les plantes, les insectes et les évolutions de la végétation au fil des saisons. Une approche particulièrement inspirante, où le jardin offre quelque chose d’essentiel : le temps et la liberté d’observer, de toucher, d’expérimenter et de comprendre peu à peu le vivant qui les entoure.

 

Les infos clefs

Crèche municipale Les Petits Loups, 20-24 rue du général Gressot, 91 320 Wissous

Maître d’ouvrage : Ville de Wisssous
Assistant Maîtrise d’ouvrage : SPL Nord Essonne
Maîtrise d’œuvre : Fabrique d’architectures innovantes et responsables (fair) (architecte) ; Les herbes etc. (paysagiste) ; P-tréma (ingénierie thermique) ; ACFI (BET fluides) ; Make (ingénierie structures) ; GS conseil (Ingénierie VRD) ; Studio FA (acoustique) ; ADATT (économiste de la construction)

Entreprises : Travaux Publics de l’Essonne (VRD - paysage) ; EHRMANN (gros-œuvre - maçonnerie – charpente bois, façades, bardage bois, étanchéité, menuiseries extérieures) ; TORO SAS (couverture zinc) ; SAS SCOP ANM (métallerie – serrurerie) ; RIDORET (menuiserie intérieure) ; DEGRISOL (cloisons  - doublages) ; Design Construction Rénovation (carrelage) ; LAUMAX (sols souples – peinture) ; MOBIDECOR (agencement) ; CLIM EKO (Plomberie CVC) ; FIBRELEC (électricité) ; Industriels Du Froid et de la Cuisson (Equipements de cuisine) ; CFA (Ascenseur) ; GEOTEC ingénierie (forages géothermiques)

Programme : Crèche 39 berceaux avec reconstruction à l'identique d'un bâtiment (secteur patrimonial)

Surface : 665 m² 
Coût : 3,45 M euros HT (VRD inclus)

Calendrier : Livraison août 2026

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