ENTRETIEN AVEC JOANNE VAJDA ET SÉBASTIEN LEFETZ

“LE REGARD DES ÉTUDIANTS SUR BALLANCOURT NOUS ENRICHIT”

Joanne Vajda est architecte DPLG, docteur EHESS et maître de conférences à l'ENSA Paris-Malaquais.
Sébastien Lefetz est adjoint à l'urbanisme à la mairie de Ballancourt-sur-Essonne.

Joanne Vajda est architecte DPLG, docteur EHESS et maître de conférences à l'ENSAPM. Sébastien Lefetz est adjoint à l'urbanisme à la mairie de Ballancourt-sur-Essonne.
Joanne Vajda est architecte DPLG, docteur EHESS et maître de conférences à l'ENSAPM. Sébastien Lefetz est adjoint à l'urbanisme à la mairie de Ballancourt-sur-Essonne. © art factory | selfie

Le Contexte

Le CAUE de l'Essonne a suscité un partenariat entre Ballancourt-sur-Essonne et l'école d'architecture de Paris-Malaquais. Un regard renouvelé sur la commune.

Comment le projet a-t-il démarré de votre côté?
Joanne Vajda :
Etant enseignante en école d’architecture, je connais les missions des CAUE et j’ai l’habitude de collaborer avec eux car sont des partenaires précieux pour les ENSAP (Ecoles nationales supérieures d’architecture et de paysage). J’avais déjà coopéré avec Cécile Besnard, architecte conseil du CAUE 91. Quant au thème du périurbain, il m’intéresse particulièrement car il me semble important de former les architectes à intervenir dans ces territoires où habite désormais un tiers de la population française et dont le principal moteur de la densification et de l’extension est l’habitat individuel. Les décideurs se trouvent souvent désarmés devant les enjeux auxquels ils doivent faire face dans ces territoires situés entre banlieue et campagne. Partant de ces constats, les architectes doivent être force de proposition et avoir une approche qui ne pourra se satisfaire d’un rapport hors-sol mais devra s’ancrer de manière minutieuse et pragmatique, dans une réalité économique, géographique, sociale, culturelle et technique.

Sébastien Lefetz : A la mairie, nous avons tout de suite aimé cette idée d’aider des étudiants en les accompagnant dans leur enseignement, en leur faisant découvrir notre territoire à tendance rurale –même si aujourd’hui Ballancourt, c’est 7700 habitants–, tout en nous enrichissant des idées de jeunes avec un regard neuf. Quand Cécile Besnard, avec qui j’ai aussi déjà travaillé, nous a contactés au sujet de ce partenariat, nous n’avons pas tardé à dire “OK” ! Et comme nous avons en projet la rénovation de notre mairie et l’aménagement de notre centre-ville… le sujet d’étude était tout trouvé.

Quel est votre bilan de cette action ?
Joanne Vajda : Ce partenariat a été bénéfique pour les étudiants, car ils ont pu se confronter à la réalité d’un territoire et être face à des vrais interlocuteurs intervenant dans l’acte de bâtir, qui ont pris le temps de faire des vraies analyses des projets et de transmettre des commentaires, des remarques et des suggestions qui ont clairement permis aux étudiants d’améliorer leurs projets présentés à la fin du semestre. L’investissement des étudiants a été à la hauteur, car cela a représenté pour eux une prise de conscience concernant leur future pratique professionnelle. Ce partenariat les a beaucoup motivés !

Sébastien Lefetz : Que du positif ! L’enthousiasme des étudiants était si visible que c’était une vraie joie de travailler avec eux, pour eux. Chacun a eu l’impression d’apporter quelque chose à l’autre. Magique, cet échange !
J'insiste : il a toujours été clair qu’il n’était aucunement question de “profiter” de ce projet pour faire travailler des architectes et récupérer leur travail. Ce que nous attendions de cette collaboration, c’était des concepts, des pistes de réflexion. Et en effet, ce projet nous a permis, à la commune, de voir notre propre environnement autrement, des évidences qu’on ne voit plus. Chaque dossier a retenu notre attention sur au moins une idée. Les étudiants sont curieux, intéressés, et vraiment investis dans leurs études. Ils ont été étonnés de découvrir notre territoire plutôt rural, notre histoire, nos enjeux forts dans un contexte de pression foncière en constante augmentation. D’ailleurs, un grand nombre de leurs travaux ont repris ces éléments comme assise. Nous savons qu’ils sont nombreux à être revenus à Ballancourt pour s’imprégner des ambiances, comprendre notre fonctionnement et nos besoins. Peut-être de futurs architectes de nos campagnes ? !

Un fait marquant de cette expérience ?
Joanne Vajda : L’accueil qui nous a été réservé dans la commune, grâce à la mise en oeuvre de ce partenariat et l’extraordinaire implication de l’équipe municipale, du CAUE91 et de l’ENSA Paris Malaquais ! Je tiens à leur renouveler nos remerciements !* Nous avons tous été très touchés de recevoir la médaille de la ville gravée pour l’occasion !

Sébastien Lefetz : Notre rencontre avec les étudiants, les enseignants et le CAUE le jour où ils sont venus découvrir Ballancourt. Ils posaient énormément de questions. Et bien sûr, la présentation finale. Nous étions curieux et étonnés de découvrir leur travail, autant qu’ils étaient impressionnés de nous le présenter, je crois. L’enjeu était fort pour les étudiants, et la journée s’est passée dans une ambiance très bienveillante. Ce travail commun nous a donné, ou redonné, l’envie d’élargir notre propre regard sur notre projet en nous interdisant moins de choses ; de donner une nouvelle lettre de mission aux architectes qui auront à travailler sur ce projet de rénovation.

Quel a été l'apport concret du CAUE ?
Joanne Vajda :
Le CAUE 91 a été très efficace et pertinent par rapport à nos besoins et à nos attentes. Nous avons échangé avec Cécile Besnard durant l’été 2020, je lui ai fait part de nos besoins (pour ce studio de projet, Meriem Chabani, architecte et enseignante à l’ENSA Paris Malaquais, nous a également rejoint à la rentrée). J’avais identifié plusieurs communes dont le “profil” m’intéressait, nous avons affiné la sélection selon la connaissance que Cécile avait du territoire. Très vite, Ballancourt s’est trouvée en tête de notre liste, et a aussitôt proposé un premier rendez-vous, mi-septembre. Grâce au CAUE, nous avons élaboré une convention tripartite qui nous a permis d’établir le cadre, car il nous importe que le travail avec les étudiants ne se substitue pas à une commande à laquelle peut répondre un professionnel. Cécile a aussi aidé à la définition du programme architectural et urbain, elle est venue régulièrement en studio pour voir l’évolution du travail des étudiants, les aider à améliorer leurs propositions. Elle a participé à toutes les présentations et à l’évaluation des projets des étudiants. Valérie Kauffmann, directrice du CAUE 91, a également participé à la présentation finale.

Sébastien Lefetz : Pour ma part, un grand MERCI, déjà de nous avoir permis de vivre cette expérience. Nous partageons avec le CAUE une philosophie du partage, de l’échange, de l’enrichissement commun, la volonté de faire avancer les choses pour le bienêtre des habitants. Plus globalement, le CAUE a une vision de notre territoire et de ses enjeux qui est très intéressante pour nous, en tant que commune. Nous venons de lancer la révision de notre PLU et nous avons dans l’idée de travailler avec l’équipe du CAUE 91, justement pour bénéficier de cet autre regard, d'une vision plus macro-urbanistique que la nôtre, nous élus.

Joanne Vajda : Les CAUE, Conseils d'Architecture, d'Urbanisme et de l'Environnement, portent bien leur nom et font un magnifique travail auprès du public et des collectivités, et en particulier auprès des élus et des maîtres d'ouvrage. Ils ont été institués en 1977 par une très belle loi de la République, la loi sur l'architecture. Leurs missions dans les territoires (gratuites) revêtent une grande importance car ils oeuvrent en faveur de la qualité architecturale et paysagère, tout en veillant à la préservation de l’environnement.

Sébastien Lefetz : Des personnes toujours disponibles pour aider, Conseiller, gratuitement, la population et les communes à penser leurs projets autrement, en proposant des idées toujours intéressantes sur une Architecture réfléchie, qui intègre des objectifs Urbanistiques, pour mieux vivre notre Environnement et en bénéficier. Une vraie ressource. Lorsque des aménageurs viennent me voir pour proposer des projets de lotissement, je ne manque jamais l’occasion de leur glisser : “Oui c’est bien… mais nous aimerions bien que vous rencontriez le CAUE91. Vous les avez déjà rencontrés ? Nous pouvons nous voir ensemble d‘ailleurs si vous le souhaitez…”

Un mot pour terminer ?
Sébastien Lefetz : Une  seule  envie  : renouveler cette expérience. Nous trouverons un projet, je vous assure ! Merci au CAUE, aux enseignants et aux élèves.

Joanne Vajda : Nous sommes déjà en train d’imaginer notre future collaboration avec le CAUE91, donc tout cela n’est que le début d’une histoire !


Ce qu'en disent les étudiants.es

"Cette expérience extrêmement enrichissante m'a permis de me confronter réellement au vrai métier d’architecte. Un métier beaucoup plus complexe qu’un projet utopique d’étudiant. Nous avons pu nous rendre vraiment compte des enjeux à la fois économiques, techniques mais également sociaux. Rencontrer de vraies personnes pour lesquels ce projet tient vraiment à coeur a été une grande source d’inspiration. De plus, la disponibilité de l’équipe municipale de Ballancourt-sur-Essonne mais également celle du CAUE de l’Essonne a été très appréciable puisqu’on a pu avoir plusieurs retours et donc un travail tout au long du semestre très animé. Grâce à ce studio de projet, j’ai appris à réaliser le budget d’un projet mais également le phasage, essentiel aux yeux des usagers de ces locaux. De plus, grâce aux différents intervenants, j’ai confirmé mes connaissances structurelles et architecturales. Ce studio de projet a donc été pour moi l’occasion de faire un pas de plus dans le monde professionnel des architectes."
Estelle Deschamps

“C’est un travail très enrichissant qui nous a permis a tous de nous confronter à une situation réelle et atypique. De même, rencontrer les acteurs de cette situation a été très intéressant. Nous avons pu comprendre comment communiquer avec des acteurs qui ont tous des positions différentes mais des intérêts bien communs. Ça donne confiance en l’avenir!”
Lucas Debonnet

"Ce fut vraiment intéressant de travailler avec de vrais commanditaires, de vrais interlocuteurs. Au cours de nos études, nous travaillons généralement sur des projets « fictifs » dans la mesure où ils ne répondent pas une vraie commande, avec de vrais besoins. Travailler avec la mairie de Ballancourt-sur-Essonne a été pour moi l’opportunité de me plonger davantage dans la réalité du métier d’architecte, ce dernier devant être capable de prendre en compte les besoins des utilisateurs, les attentes et le budget des commanditaires tout en proposant un projet de qualité et en lien avec son contexte. Ce projet d’hôtel de ville s’est avéré être pour moi un projet à portée sociale, car il se trouve dans une centralité et est donc un potentiel point de rencontre entre les habitants des différents quartiers. Faire ce projet en tenant compte des besoins des habitants m’a permis de comprendre que ce qui m’intéresse vraiment dans l’architecture, c’est de concevoir pour les gens."
Lis Mabella Anyomi

 

* Joanne Vajda tient à remercier Jacques MIONE, maire de Ballancourt-sur-Essonne, Sébastien LEFETZ, adjoint en charge de l’urbanisme, Michel TERRIER, adjoint en charge des travaux, Léonie TABAREC, directrice des services techniques, Floriane NÉ, agent des services d'urbanisme.

Valérie KAUFFMANN , directrice du CAUE 91, Cécile BESNARD, architecte conseil du CAUE 91.

Luc Liogier, directeur de l’ENSA Paris-Malaquais, Florence Quiqueré, directrice adjointe chargée des affaires générales, Marie Beaupré, directrice adjointe chargée de la pédagogie.

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INFORMATIONS

Entretien réalisé en avril 2021

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